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« La multiculturalité, je la vis depuis ma naissance » (Virginie Symaniec, éditrice)

« Je n’ai pas de territoire, de langue particulière », souligne Virginie Symaniec quand elle parle de sa maison d’édition Le Ver à Soie. Ses collections accueillent des auteurs d’horizons variés, aux noms allemand, roumain, slovaque, hongrois, russe…

Cette spécialiste de la Biélorussie a créé la société en 2013 et installé son siège dans la ville où elle habite, à Charenton-Le-Pont. « J’ai voulu prendre le temps en fondant la maison d’installer une ligne éditoriale qui dépasse les frontières de la Biélorussie et d’avoir les conditions et les moyens de faire des comparaisons avec les autres pays. »

Elle a choisi comme fil directeur le thème du mouvement. « Le mouvement, qu’il soit choisi dans le voyage, ou subi, dans l’exil (bannissement, exclusion…), précise-t-elle, le projet évoluant au fur et à mesure vers la question du décentrement, du déplacementIl y a trois ans, je ne savais pas que ces thèmes allaient prendre une telle ampleur dans l’actualité. »

Il ne s’agit pas seulement de traduire les belles-lettres

Plusieurs collections ont vu le jour comme celle sur « Les Germanophonies » lancée en décembre 2014 avec « Désordre », le premier titre d’Einard Schleef. Un recueil de récits d’un exilé de la RDA, “enfermé à Berlin, face à son mur intérieur et à son passé emmuré”. « Il ne s’agit pas de traduire seulement les belles-lettres allemandes mais de s’intéresser à ce qui se passe entre l’ex-Allemagne de l’Ouest et l’ex-Allemagne de l’Est. Les autres auteurs de cette collection peuvent être Bulgares, Hongrois… La question est : quelle écriture émerge de cela ? ».

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On comprend que cette femme enjouée parle aussi d’elle-même quand elle évoque la multiculturalité. « Je suis dans le mélange constant depuis ma naissance. Je suis une des rares françaises à être née dans une famille biélorussophone. Mon père, qui parlait biélorusse, a vécu à la frontière de la Pologne orientale où on parlait russe et polonais. »

La famille, opposante au régime soviétique, est venue s’installer avec le grand-père en France, à Lyon. « Elle est ensuite remontée dans la région parisienne car elle avait entendu dire que des Biélorusses vivaient dans la région parisienne. La communauté biélorusse en région parisienne a été constituée de plusieurs centaines de personnes, souligne l’éditrice. Je fais partie de la première génération à être née en France. »

Virginie Symaniec a profité d’une somme  que lui a léguée sa mère pour se lancer dans l’édition, en commençant par une collection de 50 000 signes contenant de petits textes qui peuvent être illustrés. Le premier livre qui paraît, Mamou, est écrit par Angi Máté, auteur originaire de Transylvanie, et raconte une histoire de résilience.

L’édition, un nouveau départ 

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L’édition marque aussi un nouveau départ pour celle qui n’a pas trouvé de poste à l’université. « J’ai fait un doctorat d’études théâtrales sur les dramaturgies en Biélorussie de 1880 à 1929. Mais l’université en France est cloisonnée. Le théâtre est à la section 18, l’histoire est à la section 22 et les études slaves à la section 13. Le mélange que j’ai fait n’existe pas du point de vue de l’institution. »

En un peu plus de trois ans, plusieurs projets se sont développés et l’équipe de départ s’est étoffée. Le Ver à Soie s’est notamment ouvert au monde russophone.

« Le temps a passé, et pourtant, la Russie et les États qui se trouvent actuellement dans sa zone d’influence restent les principaux pourvoyeurs européens d’exil. On compte aujourd’hui que plus de 7 millions de russophones ont quitté leur pays », rappelle la maison d‘édition dans la présentation de la collection « Tam@izdat » – allusion à la diffusion plus ou moins confidentielle de textes publiés hors du pays pour des raisons de censure. Au programme, « J’accuse ! Sur la dictature de Noursoultan Nazarbaev », un texte original russe de Viktor Khrapounov.

Traduire ce qui se passe entre deux langues

Parmi les découvertes de Virginie Symaniec, il y a aussi des auteurs biélorusses comme Alhierd Bacharevic. « Il a écrit un texte politiquement marquant sur le nazisme à la biélorussienne », souligne l’éditrice.

Elle a rencontré l’auteur, qui était en résidence à Paris l’hiver dernier, afin de discuter du principe d’une collection. « Il est resté trois mois au Centre Les Récollets pour travailler sur la traduction d’un roman très singulier – Autour des enfants d’Alindarka -. L’histoire est celle d’un enfant qui se retrouve dans un camp, où un médecin tente de débarrasser les jeunes de leur accent biélorusse quand ils parlent russe. La traduction n’est pas simple car il y a un jeu entre le russe et le biélorusse », observe l’éditrice, qui envisage une parution du texte en 2017 .

Cette question de la traduction a été abordée lors d’un débat organisé avec le romancier Alhierd Bacharevic et la poétesse Yulia Tsymafeyeva en février dernier. « En France, nous avons une unicité de la langue, nous ne sommes pas dans le mélange, comme en Biélorussie, où les gens utilisent indifféremment le biélorusse, le russe ou le « diglosse », un mélange de ces langues. Comment traduit-on ce qui se passe entre deux langues, ce qui apparaît entre les lignes ? Un groupe d’échanges sur Facebook, « Aller-Retour: espace de réflexion sur la création en Biélorussie », a été créé notamment autour de ces questions. »

Pour en savoir plus, la maison d’édition est accessible sur le site www.leverasoie.com et sur facebook, à l’adresse www.facebook.com/leverasoie/?fref=ts

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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